17.03.18

Le vent se lève

La nuit est tombée depuis plusieurs heures à présent. Le noir complet recouvre la campagne environnante. Le chevreuil sort du bois. Le renard chasse les souris trop imprudentes. La chouette scrute les rares voitures qui remontent la route à ces heures égarées pour rejoindre le village proche à peine éclairé. Le parc éolien semble veiller sur la vie nocturne.

La girouette est aux aguets. Fixée sur la nacelle, elle calcule en permanence la direction du vent et donne le cap au rotor. De cette manière, les pales sont tous les temps tournés vers d’où le vent vient, aussi léger soit-il. Au loin, elle se tiennent prêtes. Ce n’est pas une attente passive, elles le cherchent le vent. Nerveuses, elles oscillent de gauche à droite. Elles le veulent. Elle se tiennent inclinées à 45° comme le sprinter se tient dans un équilibre improbable dans les starting blocks basculant ses épaules légèrement au-delà de la ligne de course. Et puis, les feuilles des arbres s’agitent un peu plus, des rafales d’air frais se succèdent qui soulèvent les poussières et font bruisser les feuilles. Le vent se lève. C’est lui, celui qu’on reconnait le plus facilement dans le coin, le vent du sud-ouest, qui vient de l’océan. Il annonce la pluie et la douceur qui caractérisera la journée de demain. Alors, les pales prennent le vent. Ce mouvement de gauche à droite se transforme une première fois en ronde complète, puis deux, puis trois…. A l’intérieur de la machine, l’arsenal qui attendait, fait de mécanique, d’électronique et d’hydraulique, se met en ordre de bataille. Dans la nacelle, à quelques pieds seulement des pales, la génératrice s’excite, le convertisseur plus loin harmonise l’électricité et le transformateur en exalte la tension. « Sclac », un bruit sec et court retentit dans l’éolienne. Le contracteur du convertisseur vient de se refermer.

C’est ainsi que la voie de l’électricité s’est ouverte.  Il y a quelques minutes, le souffle est arrivé sur la pale. Quelques secondes plus tard, les électrons produits ont rejoint le réseau électrique local pour que l’élément naturel serve nos besoins. La machine a capté l’élément naturel. Dehors, la nature continue sa paisible exploration de la nuit.

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